lundi 22 avril 2013

test

Ennemis communs
ou
déontologisme, conséquentialisme, féminisme, politique, alliances, desservir la cause, les arguments comme soldats.

Putain, non, partez pas, je vous promets, je vais trouver un titre cool un jour !

Sur le plan moral, le conséquentialisme c’est simple : sont considérées bonnes toutes les actions qui améliorent le monde, en définitive. La fin justifie les moyens, quoi.
Dans notre époque qui fleure bon l’athéisme, cette position semble l’emporter : il faut juste regarder ce qui rend le monde meilleur et c’est tout ! Pourquoi les gens s’embêtent avec des dilemmes moraux, c’est pourtant simple ! Le petit rationaliste de comptoir, fan de Dawkins, un peu nerd, et qui ne comprends pas pourquoi les gens s’embarrassent de morale. 
Appelons le Jambon Bas-du-front, il est rare mais se rend nombreux par la parole. Il était ciblé dans cette méditation.

Le déontologisme, par contre, c’est que sont considérées bonnes toutes les actions qui suivent une liste de principes moraux donnée.
Du coup, c’est moins bien parce que les gens qui ont des principes, c’est mal, bouh, un peu comme les scouts, bouh, c’est mal. Les gens qui ont des principes sont incapable de faire preuve de réalité, et ils suivent leurs principes bêtement comme des moutons, même si le monde est en feu.
Il suffit de voir : dès que je parle de la loi scoute, et que j’essaie de la suivre, et que le premier point c’est «l’éclaireur n’a qu’une parole», tous ce que les gens disent c’est «han ! Mais même si y’avait une vie en jeu tu mentirais pas ? T’es un malade mental !»
Alors que bon, y’a plusieurs principes dans la loi scoute et on peut avoir un certain sens des priorités. C’est le concept d’un dilemme moral, faut arrêter de croire que parce qu’on est déontologiste ou éthicien des vertus, on est incapable de prendre une décision.
De l’autre côté, l’éthique conséquentialiste a des problèmes : si je veux faire sauter une ville, mais que par accident je détourne en fait l’évacuation des eaux usées et que ça sauve des pandas, ce sera une action positive, puisque seul le résultat compte.
De quel droit me punirait-on dès lors ?
De même si j’essaie de sauver quelqu’un mais que je n’arrive qu’à le tuer, va-t-on me punir aussi durement que pour un meurtre, si seul le résultat compte ?
Gengis Khan a tué plein de gens. Vraiment plein. Mais son action a mis en contact des empires divergents, rassemblés des peuples, fait circuler des cultures et augmenté les échanges orient/occident, tout en posant les bases pour des routes asiatiques plus sûres, et donc un meilleur commerce.
Va-t-on pour autant dire que c’est un bienfaiteur de l’humanité ?
S’il suffit de tuer les mécontents pour avoir un High Score moral nickel, je crois qu’on a un problème.
Parce que les maximes du type «ne pas tuer» sur lesquelles on se baserait sont des arguments déontologiques. Et après il faut les justifier (si vous les justifiez en disant «le monde ira mieux» on tourne un peu en rond) et utiliser l’hypothèse «dieu» c’est de la triche.
Le conséquentialisme a quelques problèmes, mais il est généralement admis.

Pour autant, je pense qu’il ne peut nous suffire puisque tout le monde a des principes.



Rape culture et conséquentialisme

Une femme va dans une zone hostile, disons un quartier dominé par les gangs et la drogue, donc Lausanne, à 2h du matin. Elle s’y fait violer. (Bien entendu, ça ne peut arriver que dans un quartier sordide)
Quelqu’un dit «Ah ben voilà, elle aurait pas dû y aller à cette heure-là, ça serait pas arrivé !»
Constatons qu’il dit techniquement la vérité. Si elle n’était pas allée là-bas, si elle avait décidé par exemple de se tirer une balle dans la tête, il y aurait eu peu de chances qu’à 1h59 son crâne se reconstitue magiquement et qu’elle soit teléportée là-bas.
Le problème n’est pas la phrase en soit, mais le programme qu’elle contient implicitement : «Il faudrait interdire au femmes d’aller dans certains endroits à certaines heures pour réduire le nombre de viols et le monde ira mieux.»
Ce programme est au moins fortement impliqué. Si on doit reconnaître qu’il n’est pas logiquement contenu dans la phrase énoncée, on sent que c’est l’intention du proclamateur. En effet, quand un avion s’écrase, si quelqu’un disait «hé bien, ils n’avaient qu’à pas prendre l’avion !» on comprend le message «Il faudrait que les gens ne prennent pas l’avion, il y aura moins de crashs et le monde ira mieux».
Mais déjà, les gens dotés de bon sens semblent se scandaliser que je compare ces deux faits : les viols ne sont pas des catastrophes isolées, ce n’est pas comme la foudre, ils émanent de quelque chose de construit et sont favorisés par le système qui les portent, disent souvent les féministes. Le patriarcat favorise la mentalité des violeurs, laisse le pouvoir dans les mains des hommes, etc.

«Hate the sin, not the sinner»

Le problème n°1, c’est que c’est une cause transcendante. Le patriarcat n’est pas fait de chair et de sang, donc même en reconnaissant son existence, en liant chaque viol dans une constellation patriarcale on n’a plus qu’une cause en arrière-plan, une cause finale ou formelle, pas une cause efficiente, pour reprendre un vocabulaire aristotélicien.
On pourrait donc dire qu’il faut non seulement condamner le viol (mais bon, à part Aldo Naouri, ça n’échappe pas à grand-monde) mais à plus forte raison souligner quand on évoque les viols leurs causes apparemment innocentes : la couleur dont on vêtit les filles et les garçons, les rôles genrés qu’on leur propose, que les filles sont appelées à être passives et les garçons actifs, que les garçons doivent apprendre l’action, le pouvoir, et les filles l’apparence, etc.
Ca peut favoriser une approche «hate the sin, not the sinner» : le patriarcat c’est le mal, mais l’individu, lui, il a simplement été conditionné, ce n’est pas vraiment sa faute.
Exemple : certains vont jusqu’à dire que jusqu’à la destruction du patriarcat, il n’est pas possible d’avoir une sexualité équilibrée, que tout rapport péniso-vaginal est une marque de l’oppression patriarcale parce que toute pénétration est connotée. Quand on dis «je te baise» ou «je t’encule» on montre bien à quelle point on tient les «pénétrés» en faible estime. Donc toute pénétration est une oppression, y compris pour les gays, et seules les lesbiennes, comme l’auteur de l’article, en sortent pures, tant mieux pour elles. Même si une femme consent ? Bah oui, puisqu’elle ne peut consentir librement dans un système hétéropatriarcal. Qu’elle dise oui ou non, elle ne fait que souligner la situation de domination dans laquelle elle est.
Hé oui.
Pourtant dans les commentaires l’auteure dit explicitement «Mais j’ai jamais condamné votre sexualité ! Pourquoi le prenez-vous personnellement ? Faîtes ce que vous voulez !» :
Whenever I offer a critique of the power imbalance inherent in straight sex in a patriarchy, somebody invariably tries to tell me it’s because I’m not straight and therefore I must find straight sex “revolting” so I am not “qualified.” Well, Miss Straighty-Straight, even dykes can draw conclusions based on overwhelming evidence. My personal preference is not the point. Whether you personally find dudesex enjoyable is not the point. The point is that — in a patriarchy — heterosex is tainted by, you know, patriarchy. So is gaysex, for that matter.
Why does everybody make this about themselves? For Pete’s sake, if you think your Nigel is a paragon, lucky you and congratulations.
Non, tu as simplement que toute pénétration vaginale était assimilable à un viol, quand bien même les femmes qui la reçoivent y consentiraient, et donc aboli les degrés de différence entre le rapport sexuel consenti et le viol, estimant que le consentement des femmes ne comptait pour rien puisqu’il ne fait que «rendre compte de leur oppression» qu’il soit accordé ou dénié. De même les couples où une femme se refuse à son partenaire et que celui-ci comprend ce choix étaient relégués à une science-fiction lointaine.
Mais non, tu as raison, tu n’as pas porté de jugement agressif à l’encontre de qui que ce soit quand tu as prétendu que toute leur sexualité était faite de viols, et qu'il n'y avait pas nuance entre eux et les violeurs, ceux qui se passent, tu sais, de consentement.
Et sinon, alors c'est idiot d'utiliser le même terme de "viol".
Pareil pour moi : je ne berne personne quand je dis que je «n’attaque que ceux qui défendent le piratage» et pas ceux qui piratent, parce que par définition, soit vous défendez votre mode de vie, soit vous ne le faites pas. Soit vous prétendez que ce que vous faîtes n'est pas mauvais et êtes donc un militant, soit vous assumez votre vice, sans pour autant y remédier, et êtes donc un hypocrite.

Fort heureusement,cette approche est rare. On dit généralement que bon, il faut détruire le patriarcat, mais on va pas se mettre à dédouaner les violeurs ou à blâmer ceux qui ont des rapports sexuels consentis, ou attendre la fin du patriarcat pour baiser. Après tout, les violeurs n’ont qu’à pas violer.
Et ça devient d’aillleurs un des points les plus essentiels de la doctrine féministe c’est que c’est de la faute exclusive du violeur, point.
Une femme peut faire n’importe quoi, si elle se fait violer c’est de la faute du violeur.
Et, bien entendu, c’est un peu dans la définition du viol, pardon de pontifier des évidences.

Posons-nous seulement la question : est-ce que le mec d’avant avait raison ? Est-ce que le monde ne serait pas mieux si, disons, on enfermait les femmes ? Y’aurait moins de viol.
Là, on me dira que ce ne serait qu’une autre expression de la domination masculine d’enfermer les femmes, que ça ne ferait que cacher le mal, que cela serait un plus grand mal encore, etc. Soit, mais disons, sur le plan des viols, ça pourrait le diminuer.
Si on a un point de vue conséquentialiste, alors, le monde serait meilleur (sur le plan des viols, du moins, mais admettons que c’est le seul plan qu’on prenne en compte pour l’instant).
Donc du point de vue conséquentialiste, c’est bien, et ce mec a peut-être raison.


Mais non, c’est un scandale, les femmes devraient avoir le droit de se promener sans se faire violer !


Soit, mais admettons, vous êtres John Smith, le héros de Dead Zone, et vous avez une vision d’une femme sur le point de se faire violer. Vous faîtes tout pour empêcher que le violeur ne parvienne à ses fins, et le moyen le plus simple que vous trouvez c’est de faire qu’ils soient dans des lieux géographiques différents. Bien sûr, vous aurez beaucoup de mal à faire croire à cette femme la véracité de vos pouvoirs psychiques mais admettons que vous y parveniez sans passer vous-même pour un dangereux violeur, ce qui a l’air assez difficile, vu ce dont je me souviens de la série et de ses méthodes de Stalker.
En faisant cela, vous lui avez rendu un fier service. Mais vous avez attenté à son droit à se balader partout.
C’était parce que vous aviez la certitude, de ce qui allait se produire.
Dans la vraie vie, il n'y a pas de prophéties.
Quand on le dit après coup, et que c’est arrivé, ou avant, et qu’on n’a pas moyen de savoir ce qui va se produire puisqu’on n’est pas John Smith, on considère que dire «ne va pas te promener dans ce quartier !» est oppressant et contribue à la domination masculine, puisqu'il estime que c'est aux femmes de se protéger contre les violeurs, et qu'elles doivent éviter les zones de non-droit.
Mais quand vous dîtes qu’il faut que les femmes aient le droit de se promener partout où les hommes le peuvent sans risques d’être violées, tout ce que vous dîtes, c’est que l’égalité homme/femme est un principe moral inaliénable.
Par conséquent, vous n’êtes pas conséquentialiste.
Parce que même dans le cas où le monde serait «meilleur» en outrepassant ce principe, vous ne voudrez pas y souscrire, vous ne voulez pas sacrifier l’égalité pour un «monde meilleur» privé d’égalité.
Vous êtes donc déontologiste, sur le plan moral. Un exemple typique serait les égalitaristes de tous poils qui axent leur morale sur l'idée d'égalité, et les libertariens sur l'idée de liberté, sous une certaine acception.

(Des gens vont argumenter sur le côté «oui mais non, si on enfermait les femmes, y’aurait pas moins de viol» d’accord. Admettons l’hypothèse, que si on enferme les femmes, pouf, moins de viol, ce qui est plutôt plausible et serait aussi malin que foutre le feu à une chemise pour en éliminer sa saleté, mais bon.
Si admettre l’hypothèse vous force à dire «le monde serait meilleur» et que vous n’en voulez pas à ce prix là, vous n’êtes pas conséquentialiste, c'est ça l'idée)

Prenons un autre exemple, celui de la race, ou de la nationalité, ou de la culture, ou de l’origine, bref, ça dépend du point de vue.
Encore aujourd’hui, enfin quand le post sortira ce sera un peu plus tard, des mecs ont décidé qu’on ferait un contrôle ADN de tous les gens qui venaient de pays criminels, parce que les requérants d’asile maghrébins, allons-y franco, sont surreprésentés dans les statistiques criminelles.
Bon.
Quel rapport, me direz-vous ?
Déjà, étonnamment tout le monde s’en fout, j’ai l’impression. Pas vu beaucoup de raffut alentours.
Mais ensuite il y a un type de raisonnement semblable : il existerait un système X, qui favorise la criminalité chez les populations Y, de la même manière que le patriarcat favorise le viol chez les hommes. Une constatation sociologique à l’origine de l’action.
Ces positions ne sont pas forcément racistes, même si je dois admettre qu’elles le sont souvent, on peut admettre que le fait d’être expatrié, depuis un milieu pauvre, de ne pas avoir de débouché et des problèmes de socialisation, on RISQUE de tourner un peu criminel, vu le peu d’alternatives à la fois légales et viables.
Si je débarque dans un pays dans lequel j’ai aucune qualification, un logement dérisoire, et que je dois me faire assez d’argent pour vivre, je pense que je vais très vite me tourner vers la drogue. Mais c’est peut-être aussi parce que je considère la drogue comme un problème de santé publique plus que de société, et que j’aurais donc peu de scrupules.
(On peut dire aussi que c’est parce que les gens sont racistes ou méfiants envers les étrangers que ceux-ci tournent criminels, mais si on a deux camps qui crient «on est méfiants envers eux parce que les étrangers sont criminels.» et «Les étrangers sont criminels parce que vous êtes méfiants envers eux», on va pas aller loin, vu que le problème semble n’avoir pas de cause. Et puis la méfiance ne justifie pas vraiment la montée de violence, etc.)

Scott Alexander dit la même chose à propos de la criminalité des noirs :
Let’s move to probably the only topic more charged and high-emotion than that of gender – the topic of race.
(Blablabla, plein de statistiques à la con pour dire que les noirs sont surreprésentés dans la statistique criminelle et donc que si on avait 50% de noirs et 50% de blancs, ils commettraient 80% des meurtres ou je sais pas quoi)
What about men and rape?
What percent of rapes are committed by men? This is very hard to determine, because rape by women is almost never reported (victim is too embarrassed) and almost never prosecuted (people just laugh and say they bet the guy liked it). I have seen claims from 99% male (which seems very high) to 75% male (which seems very low). I do not think that 95% of rapists being men to 5% women is an impossible number.
And what percent of men are rapists? An article from the early 2000s in a feminist blog estimates the number at 4.5%, noting that “If you added up every US citizen who was officially unemployed or looking for work in 2001, that would be less than the total number of rapists.” I am pleased to say we have solved the “more rapists than unemployed people” problem, albeit not in the way anybody probably hoped.
I don’t know how much I believe this number. We know that people lie on surveys even when they have no incentive to do so – for example, the number of people who claim to have voted is always significantly higher than the number of people who actually vote. I assume many men are scared or embarrassed to admit that they are rapists even to a pollster, and that the real number may be significantly higher. But I would be very surprised if it were above 10%.
So we find that the rate at which men are more likely to rape than women is around the same rate at which black people are more likely to commit violent crimes than white people.
And we find that the percent of men who commit rape is probably less than the percent of black people who commit violent crimes.
Any argument that “proves” that we are justified in suspecting all men of being rapists, equally proves we should feel justified in suspecting all black people of being violent criminals.

Autrement dit : si on assume que tous les hommes sont des violeurs en puissance, et qu’on le crie sur les toits, on peut, avec les mêmes arguments, dire que tous les noirs sont des tueurs en puissance, et le crier sur les toits.
Pour autant, on ne dit bien sûr pas que tous les hommes sont des violeurs ou les noirs des tueurs par essence, juste qu’il existe un système derrière qui favorise ces états de chose.
Du coup les hommes non-violeurs, et les noirs non-tueurs se scandalisent qu’on propage un memeplexe qui les désavantage : en se méfiant des noirs ou des hommes pour se prémunir du danger, cela leur retombe dessus, eux qui ne font rien de mal.
Certains disent «oui mais on n’a pas à distribuer de médailles» : c’est normal de ne pas violer, mais on va pas féliciter ceux qui souscrivent à cela, c’est NORMAL. On n’annonce pas les trains à l’heure, en somme.

Je traduis la réponse de Scott Alexander :
«Supposez qu’on remplace simplement quelques éléments dans la métaphore du dessus. Quelqu’un écrit «Tous les noirs sont dangereux et déficients». Un noir le voit et demande qu’on ne fasse pas de jugements de but en blanc comme ça. Celui qui a écrit cela dit «Pourquoi devrais-je te féliciter pour ne pas être un dangereux meurtrier ? Je suis content qu’il y ait des noirs qui ne tuent pas, mais on ne devrait pas donner des médailles «Merci De Pas Tuer» à ceux-ci.» Ce serait une vue très peu charitable de leur objection.
Je pense qu’aucune personne noire ne veut une médaille «Merci De Pas Tuer» mais je pense que la plupart d’entre eux voudraient que les blancs soient très très clair sur le fait qu’un petit nombre de noirs commettant des crimes violents ne signifie pas que «les noirs sont déficients» ou «les noirs sont violents» et que ce n’est pas correct de signifier les choses en ces termes. Et si on caricature tout homme noir énervé par la simplification excessive en «quelqu’un qui veut une médaille pour ne pas tuer», alors vous êtes raciste. Purement et simplement.»

Pour moi Scott Alexander dit plusieurs choses étranges, mensongères ou non-significatices dans cet article, notamment que les statistiques ne veulent pas dire grand chose dans certaines situations. Par exemple, son boss ne risque pas de le voler, même s’il est noir, et votre prof d’université, que vous voyez une heure par semaine, au milieu de 500 étudiants ne risque pas de vous violer, si vous ne le voyez que là, même si c’est un homme. Il attribue ça au fait que, lorsqu’on connait des gens, il y a moins de chance de se faire agresser.
Sauf que justement, ça marche pour le vol, les voleurs ayant tendance à ne pas voler leurs proches et à aggresser leurs victimes dès qu’ils les rencontrent, tandis qu’au contraire les violeurs ont tendance à aggresser des connaissances, dont ils estiment avoir plus droit à la complaisance.
Il se justifie dans les commentaires, mais j’y comprends pas grand-chose. Disons simplement que la métaphore ne tient pas du tout pour moi, et je vous laisse le soin de comprendre par vous-mêmes.
Les statistiques qu’il a utilisées sont farfelues, il a mal compris le sens de l’article, etc. mais prenons surtout ces deux réponses-là :

«It seems almost unavoidable that in a 50% Black society, Blacks position in society will have radically changed; we’d see more Black CEOs, more Black Congresspeople, more Blacks in elite universities. Blacks would finally be in the ruling class in significant numbers.
And yet even though Black people’s position in society has radically changed, the correlation of homicide rates and race hasn’t changed. This only works if we assume that Black people are intrinsically much more likely to be murderers, regardless of all other factors.
(In real life, by the way, high-quality research (1 2 3) has shown that homicide rates are a function of poverty and neighborhood characteristics, not of race.)
(The other option is that Scott was imagining an apartheid-like society in which Black people increase from 12% to 50% of the population while still being largely shut out of the ruling class, and the “murders” committed are actually wartime deaths caused by acts of the interracial rebel alliance against the White government. I doubt a society would provide a valid comparison for the purposes of Scott’s argument.)»

Cette situation imaginée finale ressemble un peu au Zimbabwe, et effectivement ça me semble assez pauvre comme argument. Le renversement d’un statu quo. Et un des commentateurs de Scott de noter :

«The major reason I think the black/white analogy fails is that being wary of black people trying to rob you is simply not a practical idea. Criminal tendencies are a result of poverty, not race, and looking for signs of poverty, among other things, will probably do you much better than simply looking at race. I don’t think that any black person you run across is more likely to be a criminal than any white person you see once you control for location, dress, mannerisms, age, gender, etc.
E.g. I would be equally unafraid of an elderly black man wearing a suit on a university campus and an elderly white man wearing a suit on a university campus. I would be equally afraid of a young black man on the subway in a misshapen hoodie with a wild look in his eyes and a young white man on the subway in a misshapen hoodie with a wild look in his eyes. But if you are a woman, obviously any man you come across in any context is far, far, far, more likely to rape you than any woman.»

Autrement dit, si les noirs sont plus criminels, c’est simplement à cause de la pauvreté qui les frappe plus fortement, et de la dominance antérieure des blancs, par extension, qui les a historiquement relégués à cette pauvreté.

Mais son article pointe quelque chose qui me semble fondamental : quels jugements globaux a-t-on le droit de faire ? Qui a-t-on le droit de mettre dans un sac et de taper dessus ?
(Et bien sûr, juste après il crie «Pas moi, pas moi, par pitié, pas moi, je ne suis pas comme eux !»)
(Et il dit que le concept de Rape Culture est ambivalent, d'ailleurs, si vous voulez faire des jugements à l'emporte-pièce sur lui.)

Le racialisme c’est mal

«Même les plus sages ne peuvent pas voir toutes les fins.»
— Gandalf

Note : pour beaucoup, «racisme» ne signifie pas seulement un jugement fait sur un individu basé sur son ethnie, mais une oppression institutionnalisée socialement, ainsi les fermiers zimbabwéens qui se feraient tabasser de par leur couleur de peau ne sont pas victimes de racisme, puisqu’eux avaient profité d’un système institutionnalisé, mais que l’anathème lancé contre eux par Mugabe n’a rien de tel.
D’où mon usage du terme racialisme, plutôt, pour le préjugé général pas forcément institutionnalisé.


Premièrement, qu’y a-t-il de mal avec le racialisme ? C’est le fait d’attribuer des qualités déterminées aux membres d’une ethnie, de supposer que la naissance forge leur personnalités et habitudes leur sont acquises par essence et qu’il est impossible de s’en échapper.
Ainsi on voit un noir arreté par la police, on l’estime coupable automatiquement, parce que les noirs sont forcément coupables, c’est dans leurs gènes. Et donc d’estimer qu’aucune autre chaîne de conséquence n’a pu amener cette personne à se faire amener au poste.
Au fond, c’est une induction erronée. Ce qui est mal, c’est qu’on se base sur ce qui est (ou ce qu’on s’imagine être) pour présumer de ce qui va être, alors que nous ne connaissons pas toutes les fins.
Certes, se baser sur ce qui est pour déterminer ce qui sera, c’est la base de toutes les sciences : l’empirisme.
Dans le cas des êtres humains, par contre, c’est présomptueux d’imaginer que le génome d’un individu, ou son origine géographique permet de déterminer son action dans toutes circonstances et dans tous milieux, après tout, puisque la culture a bien plus d’influence sur l’être humain moyen que notre biologie.
Et nous posons un principe : «Comme on n’arrive pas à faire le lien entre les conditions fondamentales de l’univers, les lois de la physique et nos comportements, on est libre comme l’air.»

Et le culturalisme, alors ?


Soit, il y a une deuxième version, qui ne se réclame plus d’une génétique de comptoir. Il s’agit de se baser sur la culture et plus la race.
C’est plus difficile à contrer parce que oui, la culture nous façonne, et change nos façons de penser. Après tout, si les féministes, anti-racistes et autres égalitaristes veulent nous éduquer sur ces questions c’est parce qu’ils sont convaincus que notre environnement nous a conditionné à avoir des réponses négatives envers certaines populations. Tout mouvement égalitariste est donc la reconnaissance que la culture influe fortement sur le comportement de l’individu, et qu’il faut le faire dans un meilleur sens.
Quand on décide de ficher tous les migrants en provenance d’Afrique du nord, on ne fait que postuler une chose : qu’ils ont tendance à être bien plus impliqués dans le crime que la moyenne récemment et que cet état de fait va continuer. Par paresse, on se propose de prendre leur ADN pour mieux les identifiés.
Autrement dit, on suppose que les conditions primordiales qui ont fait venir ces gens (l’instabilité politique du Maghreb, le fort taux de chômage, l’environnement hostile, le fait que la Suisse est plus accueillante) vont perdurer dans le temps. Ces causes sont toujours en place aujourd’hui et seront toujours là demain, et en feront venir d’autres après-demain.
Pour l’instant, rien de racialiste : on dit simplement «Hé les mecs, y’en a encore plein qui vont continuer à venir(vu qu’on est un pays sympa), et ils seront bien dans la dèche parce que sans permis de séjour, ils auront pas de travail et recoureront donc à des moyens illégaux pour améliorer leur pitance, souvent de la drogue ou du travail au noir, deux milieux qui sont souvent le fait de violences, puisqu’à l’écart de la sphère publique (les dealers qui se plantent ou les mecs qui tentent de gruger leurs travailleurs clandestins).
Donc ils vont gonfler les statistiques de crimes violents, de travail au noir, de vente de drogue,etc.
Donc on ferait mieux de, préventivement, prendre leur ADN, comme ça au moins on pourra plus facilement les reconnaitre, les condamner ou les disculper.»
Il ne s’agit pas de racalisme tel quel, on ne dit pas que leur essence est d’être malfaisant, on dit simplement «il existe des conditions x ou y telles que n’importe quel être humain ayant eu leur parcours serait susceptible de comettre les mêmes excès». S’il y a un déterminisme, il est social, pas génétique. Ils n’ont pas le droit de bosser pendant trois mois, et quand ils sont pris, c’est à condition qu’il n’y ait pas d’autre être humain disponible.
«Dans les années 90, les réfugiés fuyant les conflits des Balkans venaient surtout en famille Ici, ce sont des hommes seuls, âgés de 18 à 30 ans, qui n’ont aucun espoir de rester. Partant de là, on comprend qu’aucune règle ne peut s’appliquer.» , indique par exemple Olivier Guéniat, chef de la police jurassienne.
Est-ce raciste de faire une constatation sociologique ? Est-ce raciste de dire que notre système rejette tellement les sans-papiers que le crime devient pour eux une voie de facilité ? Est-ce raciste, au fond, de dire «N’importe qui dans cette situation serait tenté plus d’une fois de commettre l’un ou l’autre crime» ?
D’une certaine façon il ne s’agit que de reconnaître notre incapacité à accueillir ces gens dans notre économie. Ce n’est pas du racialisme, même s’il peut facilement y contribuer, s’y confondre, ou même lui servir de masque, puisque bien sûr les racistes approuvent ces mesures.

Mais quand on dit quelque chose du genre :
«S’ils représentent 6% du total des requérants en Suisse, les ressortissants du Maghreb sont ainsi responsables de 48% des délits attribués aux demandeurs d’asile dans les huit cantons (AG, BE, NE, JU, SG, TI, VS et ZH) qui ont livré leurs chiffres. Il s’agit en fait de quelques centaines d’auteurs très actifs, responsables de milliers de délits. Dans le top 10 figurent les effractions de véhicules (+1500% dans les huit cantons), les vols dans les commerces (+390%), les cambriolages (+150%), les vols à la tire (+130%) et les lésions corporelles simples (+50%).»
(source)

…Tout le monde te tombe dessus en hurlant : «C’est raciste !», tel Antonio Hodgers (Verts).
Alors que le problème de l’énoncé ci-dessus, ce n’est pas son racialisme : c’est qu’on fait tout pour que les requérants d’asile soient dans la merde (même le comité d’initiatie pour le Revenu de Base Universel veut exclure les étrangers du RBI pendant plusieurs années) puis on fait tout pour qu’ils tombent dans le bec de la justice à la moindre incartade.
Ensuite, ces chiffres sont simplement des faits.
Pour ce qui était de Scott, Ambersand pouvait bien dire que les chiffres étaient trafiqués, ici, il s’agit des crimes dans ces localités, bien dénombrés. Certes, on peut dire qu’ils sont faux, soit. Je suis même certain que vous êtes en train de chercher d’autres sources pour me démontrer à quel point les requérrants d’asile maghrébins sont des anges. Mais admettons qu’ils sont vrais. S’il vous suffit de reconnaître ces chiffres pertinents pour souscrire à ces mesures de fichage, vous n’avez pas de différence d’idéologie avec des gens, juste une différence dans votre conception du monde.
On aimerait pourtant bien que ces requérants d’asile ne commettent pas ces crimes, ne serait-ce que pour les expulser en paix, non mais. On admet bien que c’est une minorité, quelques centaines de gens(quand on estime le nombre de sans-papiers de 90’000 à 300’000), qui sont responsables de la hausse des crimes. Sur les 6% de maghrébins, si on admet 200 personnes, allez à la louche, ça doit faire une total de 0.002% des requérants d'asile et 3.7% des maghrébins.
 Cependant, il faut bien reconnaître que quelque chose les pousse à cela : notamment qu’ils n’ont pas grand-chose à perdre à tout tenter, et presque rien à gagner à être sage, vu notre politique d’accueil et d’attribution de la nationalité.
Ensuite, personne ne prétend cela lié à leur ethnie, puisqu’on sait bien que «Maghrébin» n’a aucune composante proprement génétique.
Ce qui est par contre clair, c'est que les policiers, en l'absence de réelles possibilités d'identification, vont y aller au délit de faciès, tiens, on sait qu'il y a plein de maghrébins qui braquent des voitures, et si tu braquais des voitures, toi aussi, t'as l'air d'un maghrébin ?
Un mendiant Rom (enfin, il ne mendie plus ces temps-ci, mais à l'époque oui) que je connais s'est fait coller une amende pour voyager sans ticket de train, et dans la case "localité" qu'on est censé remplir, le contrôleur avait mit "Romanie". N'ayant pas compris qu'on lui demandait son lieu de villégiature, ou feignant de ne pas comprendre, il avait dit Roumanie, ce que le type avait inscrit en se disant sans doute "tiens, je connais pas ce bled, ça doit être vers Assens". A quoi bon une amende quand elle n'est liée à rien, que le nom sur le papier n'a probablement aucune syllabe en commun avec celui du contrevenant et que le lieu où envoyer la facture c'est "Romanie" ?
A quoi bon ?
J'entends, si on veut décider que les réfugiés ne sont plus soumis à la loi, tant mieux, on rigolera bien.
Si on veut continuer à ce qu'ils soient soumis à la loi et qu'apparamment les maghrébins continuent à braquer des bagnoles et autre, autant ficher les maghrébins afin d'être sûrs de pouvoir les identifier plus sûrement que maintenant, qu'on va envoyer la facture ailleurs qu'en "Romanie" et qu'on ne va pas enfermer le mauvais type juste parce qu'ils sont impossibles à identifier.
En voulant les contraindre à la légalité, on ne fait que manifester l'espoir qu'ils vont y souscrire, qu'ils peuvent changer en somme, que ce n'est pas dans leur essence : qu'ils peuvent rejoindre les 99.9999% qui ne braquent pas de voitures.
Simplement, à cause de maladies systémiques, ils sont plus pauvres, ce qui les rend plus criminels.


Cache-misère

Mais d’une certaine façon, si la plupart des gauchistes admettent que notre système pousse ces gens à la pauvreté et au crime, après tout, ils appellent toujours à le réformer ; ils tendent à ne pas en parler beaucoup, et surtout pas à vouloir prendre l’ADN de «certains migrants».
Donc on tendrait à dire que oui, ils ont tendance à comettre plus de crimes.
Mais est-ce qu’il ne vaudrait pas mieux interroger les conditions que nous avons créées et les modifier afin d’éviter la reproduction de ce malaise social, plutôt que ce cache-misère ?
Chemise et Feu.

Puisqu’on parle de racisme, un mot sur l’eugénisme qui se voulait scientifique au XIXe siècle.
Un de ses principaux arguments, en fait de naturalisme, était également social.
Par exemple, on disait que des parents pauvres et alcooliques avaient de grandes chances de donner naissance à des enfants pauvres et qui deviendront également alcoolique, bref, qui auront une vie Misérable. Il ne s’agit que de constater que ascenseur social est bloqué. Qu’il n’est pas possible de gravir les échelons de la société comme le mythe libéral du self-made-man, de Balthazar Picsou, le voudrait.
En disant qu’il vaut mieux stériliser les pauvres, ce qu’ils disaient c’était «Notre société est incapable de sortir des gens de la pauvreté, alors autant les castrer, comme ça ils ne produiront pas une génération supplémentaire de pauvres. Certes, il y aura toujours des pauvres, ruinés par mégarde, mais ils ne s’accumuleront pas dans nos bas-fond comme ils le font maintenant.»
Je parlais de remèdes excessivement idiots comme d’emmurer les femmes pour les prémunir contre le viol, mais on peut également évoquer un cas des problèmes du Dr Eco, recueil de problèmes mathématiques.
On soumet à la nièce dudit docteur un problème consistant à faire un certain nombre de test sur cent poches de sang, destinées à la transfusion, afin d’éviter qu’elles ne soient contaminées par certaines maladies. La question principale était «comment diminuer le nombre de tests requis pour les balayer toutes, et éviter d’avoir des faux positifs ou des faux négatifs.»
La solution trouvée est de répartir les poches en dix colonnes et dix rangées, et de prélever une goutte de chaque poche, et les mélanger pour former 10 prélèvement composites pour les dix colonnes et dix autres pour les dix rangées. Ainsi, on les testait, et on jetait les poches de sang résultant des intersection entre les rangées et les colonnes «corrompues». Le but était de diminuer le nombre de poches de sang à jeter.
La nièce du dr Eco disait d’ailleurs justement
Je comprends qu’éviter les faux négatifs soit votre priorité, mais si vous n’avez pas de critères requis comme quantité de sang «pur» disponible et que vous voulez simplement éviter de contaminer des patients avec du sang malade, il n’y a pas besoin de test, il vous suffit de jeter toutes les poches !

Cet eugénisme, c’est ce genre de remède, foutre le feu à une chemise pour la laver. L’aveu de notre impuissance, de notre incapacité à  améliorer le sort des pauvres et de notre volonté de ne pas changer de système, donc, la meilleure façon d'y remédier c'était de couper leurs gonades.
De la même manière voici un exemple lié sur le thème du véganisme.

Nah, j’ai pas envie de remettre en question ma politique d’asile (après tout, c’est des tas de criminels !) et je peux pas être proprement raciste parce que je perdrais les élections, est-ce que je pourrais pas plutôt attaquer leur culture, alors ?

Le culturalisme, alors ? «Et si c’était la faute de l’islam, parce qu’après tout la religion c’est mal, non ?», dira Jambon bas-du-front.
Les égalitaristes en général, je l’ai dit, reconnaissent l’influence de la culture sur l’individu, il faut donc bien admettre que la religion des gens peut les conditionner, comme le patriarcat conditionne les hommes.
Mais pourtant, les égalitaristes tendent à défendre l’islam. Pourquoi ? C’est une autre composante intéressante, que combat encore Scott Alexander, mais qui rejoint la thématique du début, la scission entre la morale qui fait primer les principes et celle qui fait primer le résultat.
C’est l’idée qu’il faut traiter différemment oppresseurs et opprimés.

L’opposition axiale marxiste prolétaires/capitalistes nous fournira un bon exemple.
1. Le système capitaliste est inique per se, rien ne peut l’arranger.
2. Les aggressions commises par des prolétaires contribuent à l’abattre, ce qui est bien.
3. Les aggressions commises par des capitalistes contribuent à le maintenir, ce qui est mal.
4. Conclusion : les aggressions commises par les prolétaires sont nécéssaires et les aggressions commises par les capitalistes sont nuisibles.

Cela va géner un grand nombre de gens qui pensent que les aggressions sont mauvaises per se, et qui les mettraient sur un pied d’égalité. Parmi elles, un grand nombre de Jambons Bas-du-front. Ça doit aller dans les deux sens, non ?
D’ailleurs, si les égalitaristes veulent mettre fin au racialisme/homophobie/sexisme c’est bien souvent parce que c’est un memeplexe qui favorise les aggressions, et donc que maintenir en vie le patriarcat/le racialisme institutionnel, ça va favoriser des agressions dans le futur.
Au fond les égalitaristes détestent les agressions tout autant que leurs compères objectivistes-matérialistes-conséquentialistes-rationnels-et-objectifs-et-détachés, simplement ils estiment qu’il serait de la dernière injustice de perpétuer un système qui favorise et pardonne les aggressions contre une certaine fraction de la population (les opprimés) et qui condamne celle effectuée contre une autre frange (les oppresseurs). Ainsi leurs accusations contre la rape culture, qui maintient les hommes en situation privilégiée sur le plan du viol.
Il ne s’agit pas tant de faire passer les principes par-dessus le résultat, mais de dire «hé les gars, si on veut un résultat à long terme, il vaudrait mieux détruire le système x parce qu’il favorise un grand nombre d’aggressions.»
Ce faisant, elles disqualifient les souffrances masculines («male tears») parce que… Eh bien, en suivant cette logique, les écouter et les consoler, c’est maintenir le patriarcat. Donc un peu de douleur maintenant, oui, mais les hommes en provoquent plus au quotidien, donc il vaut mieux s’occuper de la douleur des opprimés, c’est plus éfficace.
A une table ronde sur les préjugés, j’ai vu Luc Ferry démarrer son discours par es termes «Nous sommes bien entendus tous persuadés d’êtres des parangons d’esprit critiques…» Nos Jambons Bas-du-front qui sont bien entendu les voix de la raison raisonnantes n’en doutent pas non plus.
Ils sont en quête d’objectivité, de détachement et on le privilège de faire ainsi, eux qui ne sont souvent pas impliqués émotionnellement dans les luttes.


Les systèmes de morale diffèrent par l’échelle et la méthode

Notre perspective biaisée : nous avons dit que le conséquentialisme était la morale qui veut rendre le monde meilleur.
Cependant toute morale le veut.
Si je demande à n’importe qui «est-ce que votre morale va rendre le monde meilleur si on la promeut ?» ils me diront que oui, merde, c’est bien pour ça qu’ils la promeuvent.
Les déontologistes promeuvent leurs principes parce qu’ils pensent que le monde irait mieux en respectant ces principes, sur le long terme.
Les partisans de l’éthique des vertus la défendent parce qu’ils pensent que le monde irait mieux si les gens développaient les capacités X ou Y, sur le long terme. (autrement dit, il vaut mieux rendre des gens généreux que les faire faire UNE action généreuse)
Ce ne sont pas des buts ce sont des méthodes, les conséquentialistes ne peuvent pas vraiment prétendre être les seuls à vouloir améliorer le monde. Ce n’est qu’une différence d’échelle et de méthode.
Si on définit le conséquentialisme ainsi :

«Okay. The moral law is that you should take actions that make the world better. Or, put more formally, when asked to select between several possible actions, the more moral choice is the one that leads to the better state of the world by whatever standards you judge states of the world by.»



Alors quelle différence entre dire «Les hommes sont tous des violeurs. P.S. : en puissance» et dire «Tous les étrangers sont des criminels. P.S. : en puissance.» ? Dans les deux cas on estime un groups plus dangereux que les autres à cause d’une détermination sociale donnée, mais pour autant on n’estime pas cela inexorable, on pense qu’il est possible qu’ils ne soient pas des violeurs ou des criminels.
La différence, c’est dans quel camp ils sont dans le paradigme dominants/dominés.
Les hommes sont des dominants, les étrangers sont des dominés.
Suivant les grilles de lectures ci-dessus, rappeler que les hommes violent permet de détruire le patriarcat et d’infléchir l’opinion publique contre eux, tandis qu’accabler encore les étrangers… Vous pouvez terminer cette phrase tous seuls, pas vrai ?


Paradgime, vision du monde, Worldview pour faire moderne ou Weltanschauung pour faire philosophique

Scott Alexander dit bien qu’il s’agit d’améliorer le monde, quel que soit la façon dont on conçoit le monde. Ici importe donc la worldview, la Weltanschauung, le paradigme, au fond.
Et la vision du monde «partiarcat» me convainct. J’adhère à sa réalité : on m’en a apporté suffisamment de preuves et c’est une grille de lecture qui a fait ses preuves.
La vision du monde «les étrangers musulmans vont détruire la civilisation», par contre, non, je m’en fous. Quoique j’admette que l’islam peut servir de véhicule à des trucs laids.
Remarquez les mutations dans la stupidité de l’extrême-droite : jusque dans les années 90 on nous disait que le drame c’était ces gens qui débarquaient par familles entières et qui nous assaillaient de leur progéniture nombreuse et pullulante, qu’ils allaient nous envahir insidieusement. Si seulement c’étaient de jeunes gens dynamiques, qualifiés, prêts à faire des études ou à faire notre sale boulot ! Mais maintenant, pouf, revirement, c’est le jeune homme-musulman-chômeur invetéré-alcoolique-criminel qui nous fait peur, puisque lâché hors de tout ancrage familial.
Mais bon l’extrême-droite nous rappelle que quand il y a des exactions, il faut les lier à ce méchant islam et quand il n’y en a pas, il faut parler d’islamisation rampante et sournoise.
En fait l’extrême-droite nous rappelle que quand on se définit par son ennemi, il faut prendre bien garde, car en regardant bien, on trouvera son ennemi partout, quel que soit ce dernier.


"Qui n'est pas avec moi, est contre moi."
–Mathieu (10:30).


…ou
«If you’re not with me, then you’re my ennemy.» 
— Star Wars III
…si la Bible vous donne des boutons.


Toutefois, je ne pense pas que la dichotomie opprimé/oppresseur puisse englober la totalité des problèmes qu’on rencontre parce que la plupart des oppressions peuvent se superposer ou qu’il peut simplement y avoir des gens neutres dans la lutte, ou hors de ces distinctions.
Par exemple, prenez les fermiers blancs du Zimbabwe, expulsés de plus en plus. Ils font souvent partie des propriétaires fonciers les mieux lotis du pays, pourtant, ils ont de fortes probabilités de se faire exproprier, tabasser, ou que sais-je, tout ça parce qu’ils possédaient de la terre. Je veux bien qu’ils aient eu un temps l’ascendant sur le pays en cultivant la moitié des terres avec leur faible nombre, mais pour moi un «dominant» devrait pouvoir foutre un pas dans la rue sans se faire étriper, sinon c’est pas vraiment un dominant.

De la même manière, Alternative Libertaire semble dire que les artisans et les prostituées, par exemple, sont hors du rapport de sujétion salarial capitaliste/prolétaire et donc… Qu’il faut abolir la prostitution ? Mais suivant cette logique l’artisanat aussi ? Juste parce qu’ils ont le malheur de ne pas rentrer dans ces deux cases que vous avez érigées en juges suprêmes ?
Une logique binaire est nuisible. Quand on ne tolère pas d'autres catégories que mâle et femelle, on excise les filles qui ont un trop gros clitoris, quand on ne jette pas carrément les gens de "sexe ambigu" à la mer.
De la même manière, si on est persuadé que les hommes sont dominants, les femmes dominées, et qu'on a décidé d'éteindre tous ses autres réseaux neuronaux, on dira que les Trans FtM sont des social-traîtres, puisqu'ils veulent passer de dominées (femmes) à dominants (hommes) plutôt que de lutter contre le système. Dans les faits, sur cette page de forum, je vois juste Poussin Machin et Delphine dire que d'autres féministes considèrent les FtM comme des traîtres ou des gens qui "ne méritent aucun égard puisqu'ils "rejoignent" le domaine des hommes". Par contre ils citent cet article de Michèle Dayras, présidente de SOS-Sexisme daté du 16 août 2011. Morceaux choisis :
L’intrusion des trans - non opérés et non traités médicalement - dans la représentation féminine de l’humanité, est une erreur gravissime, qui défie le bon sens scientifique.(…)
Minutieusement élaborée, la dictature du ‘genre’ a pour effet de rendre caduque la dénonciation des fondements de l’oppression masculine, et de décrédibiliser et contredire les notions que nous avions mises au jour, décrites et exploitées depuis les années 70 : le système patriarcal ; la domination masculine ; le pourvoir mâle ; le sexisme.
AUTREMENT DIT, CONSIDÉRER DES TRANSSEXUELS MTF COMME DES FEMMES, C'EST RENFORCER LE PATRIARCAT, VOILA VOILA, PARCE QU'IL FAUT DEFENDRE LES VRAIES FEMMES BIOLOGIQUES.
Voilà ça peut mener.

Et bien sûr, pour le grand chelem de l'intolérance binaire, notons l'appellation social-traître pour tout prolétaire qui aurait un "discours de bourgeois", ou plus exactement, pour tous ceux qui ne sont pas d'accord avec vous, camarade administrateur du parti. 

Frappez les tous, le patriarcat reconnaîtra les siens.

J’entends, on peut désavouer la douleur des «oppresseurs» autant qu’on veut, et n’accorder la parole qu’aux opprimés. Beaucoup agréeront sur le fait que les musulmans, vu les divers préjugés et discriminations à leur encontre, sont des opprimés.
Par exemple, y'a plein de gens pour me dire que le Hamas qui balance des roquettes sur Israël, c'est "légitime", vu l'occupation Israëlienne. Compréhensible, euh, je veux bien. Mais légitime ? Quand ça va détruire/buter au hasard ?
Pourtant, j’ai vu aucun musulman dans les parages dire «hé les mecs, l’attentat de Boston était une réponse légitime de la part des musulmans qui sont opprimés par les méchants américains», non, au contraire c’était «nous n’avons rien à voir avec ces mecs, ce sont des malades, ils ont fait quelque chose d’absolument horrible et d’une idiotie démesurée qui n’aidait personne et surtout pas notre cause, on va encore plus nous taper dessus.»
Ben pareil pour les noirs qu’on dit majoritairement victimes/perpétrateurs de violences aux USA, les requérants d’asile maghrébins qui braquent des voitures, les terroristes musulmans : les autres n’ont rien à voir avec eux, s’en désolidarisent et ils aimeraient bien que ce soit possible de dire que jamais au grand jamais ils ne participeraient à ça, et que ce soit bien clair pour tout le monde. Quand bien même il existerait des causes sociales qui détermineraient une part plus importantes de ces mêmes gens vers ces mêmes délinquances.
Pourtant imagine, si à chaque fois que les musulmans disent «il faut s’engager en religion», «il faut combattre les frappes de drones des états-unis» ou que «l’occident maltraite les intérêts des pays arabes» on leur disait «vous favorisez la culture du jihad» ?
Sur le plan des faits, c’est sans doute vrai qu’en tapant sur les Etats-Unis on fournit du bois aux jihadistes, pour autant on voudrait bien pouvoir critiquer les USA sans finir caricaturé en complices d’Al-Qaida.
Beaucoup d’hommes blancs cis-hétéros ultra-combo-dominants de la mort comme Scott (et moi-même, je suppose, mon père syrien ne m’apportant qu’une maigre nuance d’opprimé) et tout aussi conséquentialistes-objectivistes-rationalistes se sentent tout aussi injustement traités. On a essayé de bien les éduquer, ils ont essayé de bien se comporter, et ils apprennent que pour eux c’est normal de les foutre dans un gros sac de «violeur (n.b. en puissance)» de les battre comme plâtre, alors qu’ils n’ont pas l’impression d’avoir reçu leur carte du club des dominants et d’en avoir profité.
Dès qu’ils tentent d’exprimer une quelconque souffrance de quelque façon que ce soit on hurle «OUIN OUIN HETERO-CIS-MALE TEARS» et on les accuse de propager la rape culture par leur larmoiement, et que toute compassion n’est que social-traîtrise. Et s’ils essaient de s’en détacher, d’exprimer une nuance, de dire qu’ils ne cautionnent pas certains actes, qu’ils ne veulent pas être amalgamés ; on dit que le système les favorise, même s’ils n’en veulent pas ou n’en ont pas conscience, et donc qu’ils devraient faire amende honorable.
Certes, ils peuvent reconnaître sans peine, et moi avec eux, qu’ils ont une vie plus facile que d’autres, mais pour autant il ne sont pas forcément la cause principale de la vie difficile des autres.
Et parfois, je me demande ce qu’il se passerait si on disait à l’un ou l’autre musulman qu’il promeut la «jihad culture». Bon d’accord, l’extrême-droite le fait tout le temps, elle a même réussi à nous faire interdire les minarets comme ça, soit. Mais disons pas seulement sur notre territoire, où ils sont une minorité, mais dans un pays musulman. Imagine qu’on attaque un poète ou un théologien Jordanien qui écrit sur la gloire de Dieu pour avoir propagé la «Jihad culture» lorsqu’il utilisait une métaphore guerrière. Peut-on vraiment dire de cet intellectuel, libre de parole, qui propage une pensée dominante, qu’il est opprimé ?
Pour autant, considérez-vous cela correct ?

Si je dois formuler une critique à l’encontre des féministes et autres égalitaristes c’est qu’ils ont souvent une vision à trop long terme.
Mais c’est même pas vraiment une critique, me direz-vous, de penser pour les siècles des siècles.

La convergence des luttes illustrée

Convergence des luttes : ne pas servir l’ennemi.

Basiquement, les divers égalitaristes sont d’accord sur un point : le racisme, le sexisme, la transphobie, l’homophobie, c’était pire avant. Par conséquent, les réactionnaires qui promeuvent les valeurs ancestrales qui corrélaient avec ces discriminations sont hyper-dangereux dans le sens où ils chercher à maintenir un grand nombre de privilèges qui, comme par hasard, sont au bénéfice exclusif des hommes blancs cis-hétérosexuels, proéminents dans le temps.
Du coup, est-ce qu’il vaudrait pas mieux s’allier entre minorités pour contrer les gros arriérés anti-égalitaristes ? Ce serait plus efficace. Après tout, si vous vous souciez des souffrances des minorités, vous vous sentirez concernés par le racisme, le sexisme, l’homophobie, etc. et vous aurez tendance à vous intéresser à tout ça et les dénoncer comme un tout.
Dès lors que vous êtes en luttes, vous entrez dans une logique d’alliance qui peut conduire à, eh bien, n’importe quoi.
D’un côté vous serez terrifiés que vos paroles soient reprises par l’autre camp. Je suppose qu’à chaque fois que je critique Marx, il y a un libéral, quelque part, qui tombe sur mes articles et qui dit «Ah ! Voilà le problème avec la gauche !» et dès lors, ça alimente sa propre vulgate, alors que je ne le faisais dans un but critique que pour aider ceux qui se réclament de Marx et leur faire noter quel sorte de rhétorique malsaine son invocation peut générer. De même mes méditations 2 et 3 sur la morale et la loi scoute avaient été partagées sur twitter par un certain Amblonyx Cinereus, un scout d’Europe qui passe son temps à démolir le mariage gay parce que c’est mal et qui éduque ses scouts en leur disant plus ou moins «coucou, vous êtes des croisés, allez défendre Jérusalem et péter des "infidèles"» ce à quoi j’ai montré mon désaccord, en étant excessivement conciliant (j'ai même utilisé un smiley !) simplement parce que je me disais, c'est un scout, comme moi, je vais pas lui taper dessus.
Et pour autant, je me dis «Mais est-ce qu’il a vu l’article d’à côté sur la loi de Hume qui explique à quel point tout ce qu’il dit sur le mariage gay est idiot ? Est-ce qu’il a vu les méditations d’avant et d’après qui disqualifient tout ce qu’il dit ?»
Et je me demande : si je contribue à la lutte de mes ennemis, est-ce que je ne fais pas exactement ce qu’il ne faut pas ?
Si en prenant un article de blog sur deux on peut détruire tout ce en quoi je crois, n’est-ce pas idiot ?


1. Arthour ! C’est la guerre ! Les arguments sont des soldats.

Du coup vous devinez que hiérarchiser les luttes sera mal vu dans les milieux de la social justice : si vous dîtes que le racisme est plus important que le sexisme, tous les hérauts du sexisme se jetteront sur votre prose pour dire «regardez, il y a bien plus important que le sexisme et les défenseurs de la social justice sont d’accord avec moi. Donc vous ne pouvez pas m’accuser d’être biaisé.»
Ca fait montre d’un sophisme assez fort, un argument ad hominem positif : autrement dit, on montre un argument, et plutôt que de dire «regardez ce qui est bien ou mal à propos de cet argument» on dit «cet argument a été utilisé par Brenda, et Brenda est une féministe, donc vous ne pouvez pas vraiment m’accuser d’anti-féminisme, puisque je reprends leurs arguments»
Quand je veux critiquer Marx, le mieux n’est-il pas de reprendre un marxiste ou ex-marxiste ? Etant donné qu’il a adhéré à ses thèses, ils saura mieux que personne quoi dire pour convaincre ses compères, mais ça ne veut pas pour autant dire que ses arguments seront bons.
Du coup, on pourra vous reprocher de dire des trucs tout à fait vrais, dans votre propre camp. Comme je le disais sur les scouts, on peut faire beaucoup de mal à quelqu’un rien qu’en disant des choses parfaitement vraies.
Si vous donnez du grain à moudre à nos ennemis, vous nous êtes nuisibles. On n’écrit pas des articles pour le fun, mais bien pour la cause, et vous la desservez.
Ah, et combien de fois a-t-on dit aux féministes qu’elles «desservent leur cause» ? Ca participe de la même logique, à mon avis malsaine.
Ce qui fait que la critique de son camp va être découragée, pour éviter de détruire des arguments. C’est le fameux «Arguments as soldiers». Nos arguments sont des soldats dans la guerre. Si tu en détruis un tu aides l’ennemi.
Mais si tu laisses passer toutes les conneries que ton camp dit, de peur d’aider l’ennemi, celui-ci n’aura aucun mal à dénoncer ces conneries, et à les démonter. Ca ne peut favoriser qu’une cohésion factice, en conservant des arguments pourris. Même dans cette optique de guerre, il vaut mieux détruire un argument déficient, «éliminer un soldat» plutôt que laisser son flanc gardé par une rhétorique faible.
On me dit par exemple que je ne devrais pas critiquer les Femen, parce que ce faisant j’aide les anti-féministes qui vont amalgamer ma critique à celles du féminisme en général et donc désservir la cause, bouh, tu es un social-traître.
Mais les Femen n’aiment pas les grosses, pas les putes, pas les trans, pas les musulmans, bref, elles ne font pas montre de beaucoup de convergence des luttes. Dès lors, moi, ça m’emmerde, j’ai pas envie de soutenir un mouvement de connes qui infantilisent les femmes musulmanes, estimant que seul l’arrachage de leur burqa et l’exhibition de leurs tétons pourait les émanciper.
Je ne veux pas soutenir ces sources de malfaisance.
Je ne veux pas défendre BinKa une transphobe dégueulasse qui estime que vouloir préciser l’identité d’un transexxuel dans le sens où il le voulait, c’est être un «masculiniste». De même, je ne veux rien avoir à faire avec ces tas d’autres connasses transphobes dégueulasses, je ne veux pas les défendre, je ne vais pas taire mon coeur quand elles commencent à leur cracher dessus sous prétexte que je «desservirais la lutte féministe» qui serait infiniment plus importante !
Je ne veux pas voter PS ou Verts juste parce que ce serait le moyen le plus éfficace de contrer l’extrême-droite ! La gauche Suisse est médiocre est laide, elle fait des amalgames idiots et nuisibles, elle se perd dans une logique de lutte stupide où, au fond, elle ne fait plus rien d’autre que taper sur l’extrême-droite, mais dès qu’on vote le fichage ADN des requérants, pouf, ça se trouve une majorité au Parlement. Alors à quoi bon voter pour eux si, avec 61 députés ils n’arrivent à avoir aucune influence sur ce genre de vote, et s’ils se contentent de laisser des marginaux glapir «c’est raciste !» alors que ça ne l’est pas. Je trouve la mesure infâme, mais ce n’est pas du racisme. Je trouve l’UDC infâme mais ce n’est pas du nazisme (encore heureux !). Abolir toutes distinctions et traiter de fasciste toute personne qui se plaindrait des frontaliers français qui viennent bosser en Suisse, c’est idiot. D’un côté ça affaiblit la force du terme «fasciste» (comme si besoin était) tout en étant historiquement stupide.


Voilà démontré le génie des jeunes socialistes neuchatelois, merci les gars.


Ca ne m'empêche pour autant pas de prendre une idée de la part de ces gens-là, si je l'estime avérée. Qu'importe le flacon. N'importe quel connard peut avoir des idées de génie.
Je veux réformer le droit d'auteur et réduire sa durée. Ça ne veut pas dire le supprimer, et je sais bien que la Parti Pirate militerait à mes côtés car son but final serait la suppression, mais peu m'importe. Mes raisons pour vouloir le réformer sont claires et pures et ne me portent pas plus loin. Je ne me sens pas sali parce que des idiots ont pour des raisons idiotes les mêmes thèses que moi dans un domaine donné.
Si on me dit qu'Hitler pensait qu'il fallait consigner les bouteilles en verre pour faire des économies, ben tant mieux, je vais pas renoncer à cette idée juste parce qu'Hitler la défendait, merde.

Mais reste que je ne veux pas consacrer par mon vote les argumentations stupides de politiciens empressés qui savent TRÈS BIEN que notre système d’asile est pourri, mais pensent les gens trop cons pour supporter une explication sans devenir racistes.
Ils n’en causent donc pas, de peur de" faire le jeu de l'extrême droite". Ils disent que les crimes ne sont que de grosses coïncidences, qu’il n’y a pas de causes structurelles derrière cette augmentation des crimes. ALORS QUE NON, il y en a ! C’est de notre faute, certes, mais il y en a.
Et si reconnaître nos faiblesses c’est «faire le jeu de l’extrême-droite», où allons-nous ?
Notre système d’asile change les jeunes maghrébins célibataires en criminels. Soit nous le reconnaissons cela et l’arrangeons, soit nous fichons ces requérants pour qu’ils n’aient aucune chance de s’échapper dès qu’ils le deviennent, ce qui me parait un peu injuste, mais pas incohérent, sed lex dura lex.
Mais bon, je suis sans doute biaisé parce que je pense qu’on devrait ficher le profil ADN de toute la population, tout en reconnaissant que l’ADN n’a pas forcément valeur de preuve ultime et peut conduire à des condamnations erronées.

2. Boucs émissaires

Le deuxième problème de ce type du militantisme «guerrier», c’est que, outre les dégâts collatéraux, ces pauvres hommes blancs blessés dans leur sensibilité, on va favoriser les boucs émissaires.
On va avoir UN ennemi commun, et ensuite on lui tape dessus. Ainsi sur Twitter, je n’ai rien contre le bash collectif d’un truc ou deux par semaine, du nouveau buzz sexiste, souvent c’est justifié, mais parfois on cogne sur des gens qui n’ont absolument rien fait pour et qui vont très mal l’encaisser, ainsi l’'overblog «être une femme» où un individu, ostensiblement de sexe féminin, s’acharnait à renforcer tous les clichés sur la femme au foyer. On se moque d'elle en boucle, puis on la laisse de côté, et pouf, elle continue. En quoi on a fait avancer la cause ?
L’homme blanc me parait un exemple contre-factuel et un peu geignard.
Mais je crois qu’on peut classer la «femme au foyer» dans les victimes collatérales. Les féministes racontent en permanence que c’est un modèle archaïque de séparation des tâches, que l’homme devrait tout autant participer à la vie de foyer et à l’éducation des enfants, que ce n’est pas aux femmes de s’adapter à ce modèle pluriséculaire. Et dès qu’une femme au foyer fière de l’être se pointe devant elles, elles ne savent pas qu’en faire. Bien sûr, disent-elles, tu fais ce que tu veux, on n’a rien contre toi, hein, tu es libre. Mais on passe son temps à expliquer que le patriarcat est maléfique parce qu’il promeut des modèles que tu t’es approrpriée, mais n’y vois rien de négatif.
Bien sûr les féministes n’ont rien contre les femmes au foyer. Elles en ont après le système qui voudrait ce modèle hégémonique. (hate the sin, not the sinner, encore) elles cherchent même souvent à revaloriser ces modèles, à dire que c’est un travail important, histoire que les hommes s’y mettent aussi.
Mais en disant à la fois qu’il est terrible qu’on force les femmes à être femmes au foyer, puis que être femme au foyer c’est très bien, on crée un climat ambivalent.
Et je crois qu’etre-une-femme nous révèle autre chose : l’effet Lâchez Les Chiens. Une féministe dit «bouh c’est moche» et se moque d’un truc. Les hommes, habitués à devoir PAS se moquer des femmes et à devoir se contrôler sont bien trop ravis : hop, ils sautent sur l’occasion et se déchaînent, détruisant la pauvresse.
Pareil avec #TrucAntiViolPourLesFilles, le hashtag super drôle qui a démarré sur le Twitter anglophone. En gros on parodie les bons auspices de ces connards qui, justement, disent «t’aurais pas dû porter une jupe, tu te serais pas faite violer.» en les exagérant au possible. Sérieusement, c’était hyper drôle. On exagérait le sexisme ambiant pour montrer la stupidité de ces conseils, moi j’ai beaucoup aimé.
Plus tard, le Vinvinteur a fait un numéro spécial sexisme en invitant Mar_lard. Chouette, me dis-je, quoique je ne connaisse pas le Vinvinteur. Je regarde le début, et comme je trouve ça aussi drôle qu’une vidéo de Norman, je l’arrête au bout d’une ou deux minutes, me sentant un peu coupable. Merde, me dis-je, je vais encore faire défaut à la cause si je dis que j’ai pas aimé. Après tout, c’est du spécial cautionné Mar_lard, on va me casser la gueule, ma catégoriser comme masculiniste et après je serai forcé de rejoindre les Hommen oh non, par pitié, non.
Et en fait, non, tout le monde a détesté l’émission parce que, je cite «Exagérer le sexisme, ce n’est pas le dénoncer».
Ah bon, mais #TrucAntiViolPourLesFilles c’était quoi, sinon exagérer le sexisme ?
Le Vinvinteur fait une émission sur le sexisme, on montre les rédacteurs qui monopolisent la parole de leurs pendants féminins. Ca montre que même quand les hommes sont en mode 100% soutien-alliés, le sexisme c’est mal, ils arrivent à faire taire les femmes sans s’en rendre compte, et à taire leur critiques en riant. Je trouvais ça assez bien caricaturé, franchement, bon j’ai pas vu la suite de l’émission.
Mais j’ai l’impression que la différence pour les commentateurs c’était d’un côté les féministes sont pour, de l’autre les féministes sont contre.
Et quand des gens, pendant le rallye «TrucAntiViolPourLesFilles», ont dit que c’était pas dénoncer le sexisme que de l’exagérer, que c’était idiot, on les a rabroué : «C’est une initiative de féministes, donc ça ne peut pas être nuisible !».
Etait-ce l'exécution ? La forme ? Ou plutôt que les féministes sur twitter se connaissent et savent quand elles sont en train de blaguer, ne se prêtent pas de mauvaises intentions, contrairement au twitto moyen qui débarque et prend tout de suite le truc au premier degré ?
Je ne sais pas. Mais en relisant certains de mes tweets sur le hastag, je me dis que je jouais simplement au mariole et que ça n'a pas servi à grand chose.
Dans le genre "Lachez Les Chiens", il y a aussi l'article de la Bonne Fée paru pendant la rédaction même de cet article, qui critique l'article de Mar_lard, déjà évoqué ici et
Retweeté genre une centaine de fois, alors que j'imagine tous les relayeurs n'ont pas eu le temps de le lire, cet article est très pratique, puisqu'il tape bêtement sur Mar_lard, mais ça vient d'une féministe auto-proclamée.
Et une femme !
Plus possible de disqualifier sa critique super-intelligente par le mansplaining, donc les hommes se lâchent, la retweetent en se prétendant "critiques" et grands seigneurs, puisqu'ils laissent la parole aux femmes.
De la même manière que mes articles sur Marx repris par des libéraux.

3. Nous haissons les déterminismes. Nous jetons les prophéties aux ordures.

Pourquoi la gauche semble incapable de penser plus loin que «hurr durr durr c’est raciste» surtout quand aucune composante raciale n’est invoquée ?
Soit, parce que tout ce qui la différencie de la droite Suisse, c'est son souci des minorités, mais sinon ?
Je vais faire une thèse osée, une sorte de diagnostic : je pense que la difficulté de la convergence des luttes vient de ce qu’on peut détester le féminisme et les milieux de la social justice pour la même raison qu’on n’aime pas le racialisme ou le sexisme.
Parce que ça prétend l'homme déterminisme.
Je ne dis pas que détester le racialisme/sexisme implique de détester le féminisme, non, mais qu’il peut y avoir une origine commune à ces deux faits, notamment chez Jambon Bas-du-front.
Parce que ça redonne des essences à l’homme, même conditionnelles. Tu oses dire que parce qu’à cause de son ethnie/origine/religion/environnement social quelqu’un a plus de chance d’être X ou Y ? Tu es un salaud fasciste qui pense que tous les noirs sont exactement pareils, ma parole ! Tiens, prends-toi cette affiche faite de petites têtes pixellisées de Hitler, ça te remettra dans le droit chemin !

Or nous avons digéré l’existentialisme. Nous haïssons les prophéties.
Si l’on ose dire que l’homme n’est pas absolument libre, on le prend comme une insulte. Qu’on le dise déterminé par son ethnie, sa culture, sa condition sociale, on est
«Si en effet l’existence précède l’essence, on ne pourra jamais expliquer par référence à une nature humaine donnée et figée ; autrement dit, il n’y a pas de déterminisme, l’homme est libre, l’homme est liberté.»
— Sartre, l’existentialisme est un humanisme

Or je n’avais jamais lu Sartre. Mais j’avais l’impression de connaître déjà ça. Tant c’était évident pour moi que l’homme devait être traité comme libre, quand bien même on sait qu'il ne l’était pas, déterminé par son environnement, les lois de la physique, etc.
Si le fichage ADN des réquerrants est légitime c’est parce que ces gens, bien qu’on reconnaisse leur tendance au crime, restent une minorité et qu’il est parfaitement possible qu’en leur âme et conscience ils n’enfreignent pas la loi. Si 6% sont responsables de 50% des crimes, c’est que les autres 94% n’ont pas la vie si difficile et qu’il est possible pour eux de rester dans la légalité.
S’il est légitime de cogner sur les hommes et de ne pas se soucier de leur «male tears» c’est parce que malgré le fait que le patriarcat les conditionne, il est possible pour eux d’en sortir, il n’est donc pas d’excuses pour être un salaud.
Sinon, je pense que la haine des gros participe du même genre de vision ultime de la liberté : quoi, tu es gros ? Ce serait la faute de ton ADN ? Mais non, l’homme est libre, tu n’as qu’à manger de la salade.

Mais pour les mêmes causes, justes tournées avec un paradigme différent :
  • On n’aime pas le fichage des requerrants d’asile parce que ça pousserait à dire que les requerrants d’asile ont une essence qui les pousserait à être des criminels, or l’homme est libre.
  • On n’aime pas le racisme parce qu’il prétend que les w ont plus tendance d'être x ou y.
  • On n’aime pas la haine des gros, parce que c’est pas forcément leur faute, si la qualité de la bouffe a empiré, s’ils ont été éduqué de façon x ou y, s’ils ont
  • On n’aime pas le féminisme parce qu’il dit que les hommes sont tous des violeurs et c’est mal !!!1!1 #MaleTears #MaleTears
  • On n’aime pas le marxisme parce qu'il dit que les prolétaires agissent comme ceci et les capitalistes comme cela etc.
(Bel exemple d'homme qui crie sa liberté et son refus de finir dans une case)

Ces paires de positions antagonistes favorisées par la même vision ambigue de la liberté : nous n’avons jamais eu tant de facilité à déterminer les causes déterminantes socialement de nos actions, mais notre profession de foi permanente pour une liberté sans bornes nous pousserait à les rejetter. C’est notre vision du monde qui nous distingue plus que nos principes.
Mais la logique de «guerre idéologique», de Logomachie, nous pousse à prendre position pour des thèses opposées : on dira que le patriarcat conditionne les hommes, permettant des jugements faits sur quasiment tous les hommes, alors que faire un jugement global sur les réfugiés, bien qu’ils sonient conditionnés par une pauvreté et un désespoir institutionnalisé, ce serait être raciste.
Et la différence c'est souvent la vision du monde qu'on a.
Pour moi c’est deux moments de la dialectique, antagonistes, qui s'opposent. Je ne sais pas quelle synthèse sera faite, ou même si l’un des deux est une synthèse, mais il y a tension.
D’où les objections des super-rationalistes Jambons Bas-du-front, qui ont une vision d'un monde neutre, géométrique, rationnel.
Là, on aurait besoin d’un Hegel, pour dépasser les contraires.

Post-scriptum : Mais donc les pauvres sont tous des salauds ?

J'entends, on leur fout tout sur le dos. Le fait d'être désargenté vous rendrait violent, alcoolique, dangereux, psychopathe, vous ferait voter à l'extrême-droite. Le présupposé de tout cela c'est que les pauvres sont malfaisants ou idiots, est-ce que ce ne serait pas un jugement sociologique très irrespectueux ?
Pourtant, la plupart des gens que je vois en mode "mais non la pauvreté ne cause pas de criminalité" sont des bourgeois qui vont prétendre déterminants des facteurs de merde, type l'islam ou l'ethnie, pour justement dire que les pauvres Suisses sont tous gentils, quand les pauvres étrangers sont des méchants. Généralement ils invoquent l'extrême liberté de l'homme pour dire, mais oui, c'est normal, tout le monde peut rester dans la légalité, s'ils le font pas, il faut les traiter avec la dernière des sévérités.
On peut bien foutre l'extrême-droite sur le dos du "vote ouvrier", forcément idiot, ça n'explique rien. Pourquoi voteraient ils pour la gauche molassonne ou le PC par beau temps et FN quand vient l'orage ? C'est selon moi une sorte de sophisme arc-en-ciel que de juste dire "ils sont pauvres donc ils votent FN".
C'est sûrement lié, je ne dis pas, mais j'ai l'impression, ici qu'on saute plein d'étapes et non des moindres.
Et personne ne semble s'en plaindre trop, puisque justement, on a suffisamment de matériel sociologique qui montre que, quand on est pauvre, on risque moins à commettre des crimes intéressés (cambriolages, vente de drogue, etc.) puisqu'on a moins à perdre.
Et ça apparemment, c'est une prophétie sociale, même si elle ne concerne qu'un nombre minime de pauvre, du moins dans ceux qui se font attraper, qui ne semble pas déranger les gens.
Pourquoi ?
Parce qu'on est persuadés que les pauvres sont pauvres par leur seule faute, et donc qu'au final, ils ne peuvent s'en prendre qu'à eux-mêmes ?

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